Salle de bain : 5 signes qu'il faut changer la baignoire

Un ergothérapeute liste 5 signaux d'alarme indiquant que la baignoire de votre parent est devenue dangereuse — et comment agir avant l'accident.

Salle de bain avec baignoire représentant un risque de chute pour les seniors

Vous avez eu peur. Peut-être n’en avez-vous parlé à personne. Mais cette image ne s’oublie pas : votre parent agrippé au robinet pour sortir de la baignoire, ou cette phrase lâchée entre deux bouchées à table — “j’ai failli glisser ce matin” — dite en souriant, comme si ce n’était pas grave.

C’est grave.

En 12 ans d’ergothérapie à domicile, j’ai appris une chose : les accidents de salle de bain ne surgissent pas brutalement. Ils s’annoncent. Par des signaux que les familles voient, mais s’autorisent à ignorer — parce qu’il y a toujours quelque chose de plus urgent, parce que les travaux font peur, parce que votre parent ne veut pas en entendre parler.

Cet article est pour vous. Pour mettre des mots sur ce que vous ressentez déjà, et vous donner les outils pour passer de l’inquiétude à l’action.


Pourquoi la baignoire est le piège numéro un à domicile

Un rebord de baignoire standard mesure 50 à 65 cm de hauteur. Pour l’enjamber, une personne doit lever la jambe à cette hauteur, tenir en équilibre sur un pied — souvent sur un carrelage humide —, puis poser le pied dans un fond d’émail souvent lisse et mouillé. Puis recommencer l’opération en sens inverse pour en sortir, les muscles fatigués et la peau glissante.

Pour une personne de 30 ans, c’est automatique. Pour une personne de 78 ans souffrant d’arthrose des genoux ou de vertiges matinaux, c’est une acrobatie à risque élevé exécutée seule, 365 jours par an.

La salle de bain est impliquée dans 60% des chutes graves des seniors à domicile (Santé Publique France, 2024). Et pourtant, c’est souvent le dernier endroit que les familles aménagent.


Les 5 signes qui ne trompent pas

Signe 1 : Votre parent a déjà glissé (ou “presque”)

“Ma mère a glissé dans la baignoire, mais heureusement elle s’est retenue au robinet.”

C’est la phrase que j’entends le plus souvent dans mon travail. Et la plus révélatrice.

Parce que statistiquement, un “presque accident” dans la salle de bain est le meilleur prédicteur d’un accident réel dans les semaines ou mois suivants. Le comportement à risque est là. Le contexte physique aussi. Seul le hasard a joué en votre faveur ce jour-là.

La glissade est rarement un coup de malchance isolé. C’est le symptôme d’une inadéquation entre les capacités de votre parent et les contraintes physiques de la baignoire. Cette inadéquation ne va pas s’améliorer avec le temps.

Ce que je dis aux familles dans ce cas : vous avez eu de la chance. Vous n’avez pas à compter sur la chance la prochaine fois.


Signe 2 : Votre parent évite de se laver ou modifie ses habitudes en silence

Vous avez remarqué que votre mère se lave moins souvent. Qu’elle vous dit “j’ai pris ma douche” alors que ses cheveux sont secs. Qu’elle préfère de plus en plus souvent le gant de toilette au lavabo plutôt que d’entrer dans la baignoire.

Ces stratégies d’adaptation silencieuses, je les retrouve dans plus de la moitié des maisons que je visite. Votre parent ne vous dit pas qu’il a peur — il modifie son comportement sans vous le signaler. Par pudeur. Par fierté. Par crainte de vous inquiéter.

La peur de la douche chez la personne âgée n’est pas une lubie. C’est une réponse logique à un environnement objectivement devenu dangereux pour elle. Ignorer ce signal, c’est laisser s’installer une hygiène dégradée et une peur qui va s’aggraver.


Signe 3 : Enjamber la baignoire exige des appuis qui ne sont pas faits pour ça

Observez votre parent entrer dans la baignoire. S’il s’agrippe au robinet, au porte-serviettes, ou à la paroi vitrée pour s’équilibrer — agissez.

Ces points d’appui ne sont pas conçus pour retenir un adulte qui glisse. Un robinet mural résiste à quelques kilos, pas à 65 kg brutalement déportés. Un porte-serviettes se déboîte. Une paroi en verre peut se briser.

Ce que votre parent utilise comme appui de secours, ce sont des supports de catastrophe. Ils donnent une illusion de sécurité — et cèdent précisément au moment où on en a le plus besoin.

Le parent âgé ne peut plus enjamber la baignoire sans s’agripper à quelque chose de fragile : c’est un signal clair.


Signe 4 : Votre parent vous dit — ou vous fait sentir — qu’il a peur

Parfois c’est explicite : “Je préfère attendre que tu sois là pour me doucher.” “J’aime pas rester seul dans la salle de bain.” “Tu rentres à quelle heure ce soir ?”

Parfois c’est implicite. Un appel inhabituel juste avant sa toilette. Une légère hésitation à répondre “ça s’est bien passé ?” quand vous demandez comment s’est passée sa matinée.

La peur d’une chute dans la salle de bain est une alarme que le corps active parce qu’il a perçu le danger. Ce mécanisme est intelligent. Il vous dit quelque chose.

Ne le rationalisez pas. Ne dites pas “c’est dans ta tête”. C’est dans la salle de bain.


Signe 5 : Vous-même avez peur chaque fois que vous y pensez

Ce signe-là vous concerne directement.

Si vous vérifiez votre téléphone avant de vous endormir pour vous assurer d’avoir bien eu de vos nouvelles dans la journée — si vous calculez combien de temps votre parent pourrait rester au sol avant que quelqu’un s’en aperçoive — si l’image de sa salle de bain vous traverse l’esprit avec une boule à l’estomac…

Cette anxiété d’aidant est un signal fiable. Votre instinct vous dit que la situation est à risque. Et il a généralement raison.


Quiz : votre salle de bain est-elle encore adaptée ?

Répondez honnêtement à ces 8 questions. Comptez 1 point par réponse “oui”.

1. Le rebord de la baignoire fait plus de 40 cm de hauteur. 2. Le fond de la baignoire n’a pas de tapis antidérapant fixe. 3. Il n’y a aucune barre d’appui fixée dans le mur près de la baignoire. 4. Votre parent s’agrippe au robinet ou au porte-serviettes pour entrer ou sortir. 5. Votre parent a déjà glissé dans la salle de bain — même “pour rien”. 6. Votre parent évite de se laver ou réduit la fréquence de sa toilette. 7. Votre parent se douche seul, sans aucune téléassistance ni personne à portée d’appel. 8. Le carrelage de la salle de bain est lisse (non antidérapant).


Votre score :

0 à 2 — Situation acceptable, à surveiller Peu de facteurs de risque immédiats. Maintenez la vigilance si la mobilité de votre parent évolue.

3 à 5 — Risque modéré : des aménagements s’imposent Des actions concrètes sont nécessaires, même sans gros travaux. Et commencez à vous renseigner sur les aides disponibles — le dossier MaPrimeAdapt’ prend 3 à 6 mois à instruire.

6 à 8 — Situation à risque élevé : n’attendez pas La combinaison de facteurs présente dans cette salle de bain est un terrain d’accident sérieux. Les solutions existent, les aides financières aussi — et elles peuvent couvrir 50 à 70% du coût des travaux.

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Ce que personne ne veut nommer : le risque de fracture du col du fémur

Je vais être direct avec vous.

Une fracture du col du fémur à 80 ans n’est pas un os cassé qui se soigne en quelques semaines. C’est souvent un tournant.

Ce que ça implique concrètement :

  • Une opération chirurgicale (prothèse de hanche ou vissage) sous anesthésie générale
  • Une hospitalisation de 10 à 21 jours
  • Un séjour en Soins de Suite et de Réadaptation (SSR) de 4 à 12 semaines
  • Dans 20 à 30% des cas : une perte définitive de la capacité à marcher normalement
  • Dans 10 à 15% des cas : le décès dans l’année qui suit la fracture (HAS, 2022)

Je ne vous dis pas ça pour vous terrifier. Je vous le dis parce que c’est la réalité que je vois, et que les familles regrettent de n’avoir pas connue plus tôt.

Une douche sécurisée coûte entre 3 000 et 8 000 €. Avec MaPrimeAdapt’, le reste à charge est souvent inférieur à 2 000 €. Une fracture du col du fémur coûte 15 000 € à la collectivité en soins directs — et coûte à votre parent des semaines de douleur et d’humiliation que l’argent ne rachète pas.


Les solutions : par quoi commencer ?

Les aménagements sans travaux (pour commencer ce week-end)

Ces accessoires ne suppriment pas le risque d’enjambement, mais ils en réduisent significativement les conséquences. Et ils permettent souvent d’habituer votre parent à l’idée d’un aménagement.

  • Un tapis antidérapant à ventouses dans le fond de la baignoire : 15 à 30 €. Réduit le risque de glissade sur l’émail mouillé.

  • Un siège de bain transbordeur pivotant : 80 à 200 €. Votre parent s’assoit sur le rebord, fait pivoter ses jambes, et entre assis dans la baignoire — sans jamais se tenir en équilibre sur un pied. Révolutionnaire pour les personnes avec arthrose des genoux ou troubles de l’équilibre.

  • Une barre d’appui murale fixée dans le béton : 60 à 150 € (pose par un artisan recommandée). Attention : évitez les barres à ventouses comme appui principal — elles ne sont pas conçues pour retenir un adulte qui chute.

Ces accessoires sont utiles en attendant mieux. Ils ne constituent pas une solution définitive face à un rebord à franchir.

Gérer la résistance au changement

C’est le scénario le plus fréquent — et le plus délicat.

Changez le cadre, pas les arguments. “Ta sécurité” génère de la résistance. Essayez : “J’ai vu des photos de douches à l’italienne vraiment élégantes, tu voudrais jeter un œil ?” L’esthétique est un levier souvent sous-estimé. Les douches sécurisées actuelles ne ressemblent plus à du matériel médical.

Faites intervenir le médecin traitant. Sa recommandation pèse différemment que la vôtre. Parlez-lui de vos inquiétudes avant la consultation — il peut aborder le sujet avec votre parent et, si nécessaire, rédiger une préconisation utile pour monter le dossier d’aides.

Nommez la grande peur. Votre parent craint souvent que les travaux soient le premier pas vers la maison de retraite. Dites-le clairement : “Ces travaux, c’est pour que tu restes ici le plus longtemps possible. C’est tout l’inverse.”

Proposez “juste un devis”. Pas les travaux — une visite gratuite d’un artisan spécialisé, sans engagement, pour savoir ce que ça impliquerait. La plupart des familles me disent que c’est le déclic.

La solution durable : la douche sécurisée de plain-pied

C’est l’aménagement que je recommande dans la grande majorité des cas où la baignoire est devenue problématique. Elle supprime le risque d’enjambement à la source.

Une douche de plain-pied bien conçue comprend :

  • Un receveur extra-plat (seuil ≤ 2 cm, en résine antidérapante)
  • Des barres d’appui fixées dans le mur — horizontale et verticale (pas à ventouses)
  • Un siège rabattable avec dossier, plié contre le mur quand il n’est pas utilisé
  • Un mitigeur thermostatique anti-brûlure (essentiel pour les diabétiques)
  • Un espace suffisant pour qu’un aidant puisse accompagner si nécessaire

Temps de chantier : 1 à 2 jours pour un installateur spécialisé. Pas de gravats. Pas de semaines de travaux. La plupart des systèmes s’installent directement sur l’ancien carrelage.

→ Guide complet : prix, aides, installation de la douche sécurisée senior 2026


Financer les travaux : les aides que vous ne connaissez peut-être pas encore

MaPrimeAdapt’ est l’aide principale de l’État pour adapter la salle de bain. En 2026 :

  • 50% de prise en charge pour les ménages aux revenus modestes
  • 70% de prise en charge pour les ménages aux revenus très modestes
  • Plafond de 22 000 € HT de travaux éligibles
  • Accessible aux propriétaires occupants ET aux locataires du parc privé
  • Cumulable avec l’APA du département, les aides du CCAS de la mairie, et parfois le Plan OSCAR de la caisse de retraite CARSAT

Sur un devis de 5 000 € pour une douche complète, un ménage éligible à 70% ne paie que 1 500 € de sa poche. Sur 7 000 €, le reste à charge est de 2 100 €.

Le dossier prend 3 à 6 mois à instruire. C’est précisément pourquoi il ne faut pas attendre l’accident pour le déposer.

→ Tout comprendre sur MaPrimeAdapt’ : conditions, dossier, délais

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Ce que ça change vraiment

Si vous voulez mettre un visage concret derrière ces chiffres, lisez le témoignage de Marc — 52 ans, enfant aidant en Loire-Atlantique. Il raconte la chute de son père Jean-Paul, 79 ans, dans la baignoire, la décision de faire les travaux, et le bilan trois mois plus tard.

Son père lui a téléphoné le lendemain de la première douche sécurisée pour lui dire : “Marc, c’est formidable. Je ne pensais pas que ce serait comme ça.”

→ Lire le témoignage : “La douche sécurisée de mon père”


Ce qu’il faut retenir

La baignoire ne devient pas dangereuse du jour au lendemain. Elle l’est devenue progressivement, au rythme des années — et les 5 signes décrits dans cet article vous permettent de le voir avant l’accident.

Ce ne sont pas des prétextes à la culpabilité. Ce sont des invitations à agir méthodiquement, avec les bons outils et les bonnes aides.

Si vous souhaitez faire le tour complet des risques de chute à domicile — au-delà de la salle de bain —, notre guide recense tous les pièges, pièce par pièce :

→ Prévenir les chutes à domicile : le guide complet

Et si votre parent vit seul, n’oubliez pas la téléassistance — pas à la place de la douche sécurisée, mais en complément. Le temps qu’un artisan intervienne, c’est le filet de sécurité qui peut tout changer en cas de chute :

→ Ma mère vit seule : 7 solutions pour sa sécurité


Cet article a été rédigé par Christian Morel, ergothérapeute diplômé d’État et spécialisé dans le maintien à domicile depuis 12 ans. Il réalise des diagnostics d’adaptation du logement dans toute la France.

Sources : Santé Publique France (Épidémiologie des chutes chez les personnes âgées à domicile, 2024), Haute Autorité de Santé (Prise en charge de la fracture du col du fémur, 2022), ANAH / France Rénov’ (Guide MaPrimeAdapt’ 2025). Données vérifiées en février 2026.

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Christian Morel

Christian Morel

Consultant en Ergonomie & Spécialiste du Maintien à Domicile

Ergothérapeute Diplômé d'État pendant 12 ans en centres de réadaptation et SSIAD, Christian s'est spécialisé dans l'adaptation de l'habitat pour les seniors. Son Master en Gérontologie Sociale lui permet de comprendre les besoins physiques, psychologiques et financiers liés au vieillissement. Il accompagne aujourd'hui les familles dans leurs choix d'aménagement à travers ce guide indépendant.

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