Douche après prothèse de hanche : le retour au domicile

Règle des 90°, hauteur du siège de douche et réhausseur WC. Conseils d'ergothérapeute pour aménager sa salle de bain après une prothèse totale de hanche.

Tabouret de douche réglable en hauteur avec accoudoirs pour personne opérée de la hanche

Vous venez de rentrer de l’hôpital — ou vous vous y préparez. On vous a remis un livret de rééducation, expliqué la règle des 90°, montré quelques exercices. Ce que personne n’a eu le temps de vous dire précisément : comment vous doucher seul(e) sans risquer une luxation.

C’est la question que me posent presque tous les patients en sortie de SSR. Et c’est compréhensible — l’hôpital soigne la hanche. L’ergothérapeute, lui, réfléchit au retour chez vous.


La règle des 90° : le principe qui conditionne tout

Après la pose d’une prothèse totale de hanche, la hanche ne doit pas se plier au-delà de 90° pendant la phase de consolidation. Ce n’est pas une recommandation : c’est une contrainte chirurgicale. La dépasser, c’est risquer une luxation — le déboîtement de la prothèse.

En pratique, ça veut dire quoi ? Imaginez-vous assis sur une chaise normale. Si vos genoux remontent au-dessus du niveau de vos hanches, vous dépassez 90°. Si vous vous penchez en avant pour attraper vos chaussures, vous dépassez 90°. Si vous vous asseyez sur un siège bas — toilettes standard, rebord de baignoire, siège de douche non réglé —, vous dépassez 90°.

Ce que cette règle interdit concrètement dans la salle de bain

  • S’asseoir sur un siège de douche trop bas (moins de 45 cm en général)
  • Poser le pied opéré directement au sol pour enfiler un bas ou une chaussette
  • Se pencher pour ramasser quelque chose dans le fond de la douche
  • Enjamber le rebord d’une baignoire (jambe levée + flexion de hanche = double risque)

C’est pourquoi je considère la salle de bain comme la pièce prioritaire à aménager avant le retour à domicile. Pas après. Avant.


Le siège de douche : pas n’importe lequel

Le siège de douche ordinaire en plastique à 30 euros du supermarché ne convient pas après une prothèse de hanche. Il est trop bas. Il n’a pas d’accoudoirs. Et sans accoudoirs, se relever impose de se hisser avec la jambe — c’est précisément le mouvement à éviter.

Ce qu’il vous faut : un tabouret de douche réglable en hauteur, avec dossier et avec accoudoirs.

La hauteur d’assise se règle en général entre 43 et 57 cm. Pour votre configuration, l’objectif est simple : assis(e) sur le siège, vos hanches doivent être légèrement au-dessus du niveau de vos genoux. Pas en dessous.

Les accoudoirs servent au moment de se lever. En prenant appui sur eux avec les deux mains, vous poussez vers le haut sans solliciter la hanche. C’est la même logique que les accoudoirs d’un fauteuil médicalisé.

Ce que je recommande en priorité :

Un tabouret de douche réglable avec dossier et accoudoirs (entre 60 et 150 € selon les modèles). Vérifiez que la charge nominale est d’au moins 100 kg et que les pieds comportent des embouts antidérapants. Les modèles en aluminium anodisé ne rouillent pas — c’est un critère de durabilité important dans une pièce humide.


Les toilettes : l’autre piège que l’on oublie toujours

Tout le monde pense à la douche. Presque personne ne pense aux WC.

Un siège de toilettes standard est à environ 38-42 cm du sol. C’est trop bas après une prothèse de hanche. Et contrairement à la douche, les toilettes s’utilisent plusieurs fois par jour, souvent la nuit, souvent avec précipitation.

La solution : un réhausseur de WC avec accoudoirs. Il se pose sur la lunette existante en quelques secondes, sans outil. Il surélève de 10 à 15 cm et dispose de deux accoudoirs latéraux pour faciliter le lever.

Ce que je recommande :

Un réhausseur de WC avec accoudoirs réglables (entre 40 et 90 €). Préférez un modèle dont les accoudoirs se rabattent — c’est pratique si plusieurs personnes utilisent les mêmes toilettes. La stabilité est le critère numéro un : vérifiez le système de fixation sur le rebord de la lunette.


Le calendrier de rééducation : ce qui change selon les phases

La salle de bain ne s’aménage pas de la même façon à J+15 et à J+90.

Phase 1 — De la sortie à la 6e semaine : précautions maximales

C’est la période critique. La hanche est consolidée, mais le risque de luxation est élevé. Dans la douche : siège réglable en hauteur + accoudoirs systématiques + longue brosse pour le dos (pour ne pas se pencher) + enfiler-bas à long manche pour les chaussettes. Aucune exception.

Si votre baignoire est le seul équipement disponible et qu’il est impossible d’installer une douche à temps, l’enjambement est strictement contre-indiqué. Il faut trouver une solution alternative : chaise berlinoise dans la baignoire avec tabouret de bord, ou douche à l’éponge jusqu’à ce que l’aménagement soit réalisé.

Phase 2 — De la 6e à la 12e semaine : la prudence reste de mise

Les précautions chirurgicales strictes sont souvent levées par le chirurgien, mais les réflexes de protection restent nécessaires. La hanche se fatigue encore facilement. Le siège de douche reste recommandé. La hauteur peut être légèrement abaissée si le genou ne remonte pas au-dessus de la hanche.

Phase 3 — Après 3 mois : la vie reprend son cours

La plupart des patients retrouvent une salle de bain presque normale. Mais si votre mobilité générale a changé — arthrose, troubles de l’équilibre, diabète —, l’aménagement durable d’une douche sécurisée de plain-pied reste la meilleure décision à long terme.


Anticiper avant la sortie d’hôpital : c’est possible et c’est mieux

Le meilleur moment pour préparer la salle de bain, c’est avant le retour à domicile. Pas le jour J.

Si votre proche est encore hospitalisé ou en SSR, vous avez quelques jours devant vous. Commencez par les équipements immédiats — siège de douche, réhausseur WC — qui peuvent être commandés et installés en 48 heures.

Pour les travaux structurels (remplacement de la baignoire par une douche de plain-pied, installation de barres murales), signalez dans votre demande MaPrimeAdapt’ le contexte post-hospitalisation. L’ANAH prévoit des délais accélérés pour les situations d’urgence médicale avérée.

MaPrimeAdapt’ en 2026 : 50 à 70% des travaux pris en charge selon les revenus, plafond à 22 000 € HT. Sur une douche complète à 5 000 €, le reste à charge peut descendre à 1 500 € pour un ménage à revenus très modestes.

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Les équipements complémentaires que les familles oublient

Deux ou trois éléments font une grande différence au quotidien, et personne ne les mentionne à la sortie :

  • Une brosse de douche à long manche (ou un gant de toilette fixé au manche) : permet de se laver le bas des jambes sans se pencher
  • Un enfile-chaussettes à long manche : supprime le besoin de se baisser pour enfiler les bas ou chaussettes — geste très risqué en phase 1
  • Des barres d’appui fixées dans le mur : près de la douche ET près des WC. Pas des barres à ventouses — des barres vissées dans les montants du mur. La différence en cas de déséquilibre est absolue.

Pour les barres murales, je recommande systématiquement de faire appel à un artisan. La fixation doit être réalisée dans un point porteur. Une barre fixée dans du placo creux peut céder au moment le plus critique.


Ce qu’il faut retenir

La prothèse de hanche est une opération dont on récupère bien — à condition que l’environnement soit adapté dès le premier jour à domicile. La salle de bain, et en particulier la douche et les toilettes, est la zone qui concentre le plus de risques dans cette période.

Deux gestes immédiats, accessibles ce week-end :

  1. Commandez un siège de douche réglable avec accoudoirs
  2. Installez un réhausseur de WC avec accoudoirs

Ensuite, réfléchissez aux travaux durables — notamment si la baignoire est toujours en place. Le temps de convalescence est parfois le bon moment pour déposer un dossier MaPrimeAdapt’ : vous avez la motivation, le contexte médical, et les aides sont là.

→ Guide complet : douche sécurisée senior — prix, aides et installation 2026

→ Voir aussi : sécuriser la douche la nuit — éclairage et balisage pour seniors

→ Lire aussi : comprendre la peur de la douche chez le senior


Cet article a été rédigé par Christian Morel, ergothérapeute diplômé d’État, spécialisé dans le maintien à domicile et la rééducation post-chirurgicale depuis 12 ans. Il réalise des évaluations à domicile et des préconisations d’aménagement dans toute la France.

Sources : Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT, recommandations de rééducation après PTH 2024), Haute Autorité de Santé (Guide de sortie précoce après PTH, 2023), ANAH / France Rénov’ (barèmes MaPrimeAdapt’ 2026). Données vérifiées en février 2026.

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Christian Morel

Christian Morel

Consultant en Ergonomie & Spécialiste du Maintien à Domicile

Ergothérapeute Diplômé d'État pendant 12 ans en centres de réadaptation et SSIAD, Christian s'est spécialisé dans l'adaptation de l'habitat pour les seniors. Son Master en Gérontologie Sociale lui permet de comprendre les besoins physiques, psychologiques et financiers liés au vieillissement. Il accompagne aujourd'hui les familles dans leurs choix d'aménagement à travers ce guide indépendant.

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